Ces derniers mois, de nombreux exportateurs marocains ont reçu un message qui les a pris de court.
« Merci de nous transmettre les données d'émissions liées à votre production. Sans ces informations, nous ne pourrons plus passer commande à partir de 2027. »
Pour les clients européens, cette demande devient progressivement la norme. Pour beaucoup d'entreprises marocaines, en revanche, c'est encore un territoire inconnu.
Elles exportent vers l'Union européenne depuis des années. Elles maîtrisent leurs produits, leurs coûts, leurs délais de livraison. Mais lorsqu'il s'agit de mesurer leur empreinte carbone, une même réaction revient souvent :
Par où commencer ?
Ce qui était hier un sujet de conformité ou de développement durable est en train de devenir un véritable enjeu de compétitivité et d'accès au marché européen.
Cette réalité a un nom : le CBAM.
Le CBAM (ou MACF en français, Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières) applique aux produits importés le même coût carbone qu'aux produits fabriqués en Europe.
Si votre empreinte carbone est plus élevée que l'équivalent européen, votre acheteur paie la différence en certificats CBAM. Un coût qui pèse directement sur votre compétitivité prix — et sur la relation commerciale elle-même, comme le montre l'email reçu par cet exportateur.
Un calendrier qui ne laisse plus de marge
Calendrier CBAM — mis à jour juillet 2026, prix T2 des certificats (75,28 €/tCO₂) publié par la Commission européenne
À partir de 2027, chaque tonne exportée vers l'UE devra être accompagnée d'une déclaration vérifiée et d'un achat de certificats.
Le 12 juin 2026, le Conseil de l'UE a aussi approuvé une extension du CBAM à ~380 produits en aval de l'acier et de l'aluminium, effective en 2028. Les règles se durcissent aussi sur les procédés comptabilisés : la fusion lourde est incluse, la simple finition comme le polissage est exclue. À surveiller si votre activité y touche, même indirectement.
Qui est concerné ?
Niveau d'exposition CBAM par famille de produits (estimation qualitative C3 Milestone)
L'exposition ne s'arrête pas aux exportateurs directs. Si vous êtes sous-traitant d'un exportateur (tier 2/3 automobile par exemple), votre donneur d'ordre vous demandera vos données d'émissions.
Premier réflexe dans tous les cas : vérifier le code CN exact de votre produit sur l'Annexe I du règlement. C'est lui, pas votre secteur, qui détermine si vous êtes couvert.
Le vrai risque : la valeur par défaut
Sans données réelles vérifiées, l'UE applique une valeur par défaut — calculée sur l'intensité carbone moyenne des dix exportateurs les plus émetteurs du secteur. Cette valeur est structurellement défavorable et ne peut pas être optimisée.
Une donnée réelle, elle, doit être validée par un vérificateur accrédité — un organisme indépendant, pas la douane. La Commission européenne publiera sa première liste officielle en septembre 2026. Ne pas mesurer ne vous protège de rien : ça vous expose au scénario le plus coûteux.
3 étapes essentielles
- Cartographier vos émissions — procédés, énergie, intrants. Pour l'acier, la Commission a précisé le périmètre exact : laminage, galvanisation, tréfilage sont inclus ; découpe, soudure et finition (peinture) sont exclus.
- Calculer selon le GHG Protocol, avec le format de déclaration par ligne tarifaire qu'exige le CBAM.
- Structurer une donnée vérifiable — traçable, documentée, prête pour un vérificateur accrédité plutôt qu'un contrôle a posteriori dans l'urgence.
Chaque mois sans données réelles vous rapproche du scénario le plus cher : la valeur par défaut, appliquée d'office dès 2027.
Commencer maintenant, pendant que le cadre est encore stabilisable, c'est l'échapper — et pouvoir répondre à cet email, le jour où il arrive, sans être pris de court.
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